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L’analyse sensorielle

Déguster le vin

Regarder, sentir, goûter, puis juger l’équilibre. Une méthode simple pour l’amateur, détaillée pour le professionnel : chaque partie s’ouvre sur l’essentiel, les volets « Pour les professionnels » vont plus loin, et chaque affirmation renvoie à ses sources.

01 · La vue

La vue : aussi loin que porte le regard

Alors, que dois-je regarder ?

Un rapide examen visuel du vin est le premier indicateur, et le plus important, de ses caractéristiques et de son potentiel. Les conditions idéales pour bien observer un vin : une lumière blanche et vive mais pas trop intense, et un fond blanc qui préserve les couleurs naturelles (une nappe ou une feuille de papier suffit). Inclinez le verre à environ 45° au-dessus de ce fond. Cette analyse est essentielle : elle renseigne déjà sur le type de vin et sa maturité.1,4

A quick visual analysis of the wine is the first and foremost indicator of the wine’s characteristics and potential. The ideal conditions to properly observe a wine are a bright white light, but not too intense, and a white background to help preserve the natural colours (a tablecloth or a sheet of paper will do). Tilt the glass to about 45° over that background. This analysis is key to providing various factors such as the wine’s type and maturity.1,4

Limpidité

Un simple coup d’œil indique si le vin est trouble, voilé ou flou. Un vin légèrement trouble n’est pas forcément défectueux (il peut ne pas avoir été filtré), mais il peut signaler une altération. À l’inverse, de petits cristaux au fond du verre ou sur le bouchon (tartre) sont inoffensifs : ils témoignent seulement d’un vin peu traité ayant connu le froid.

A quick look at the wine will tell you whether it is cloudy, hazy or blurry. Although a slightly cloudy wine is not necessarily a faulty wine (it may not have been filtered), it may show signs of possible alteration. On the other hand, small crystals at the bottom of the glass or on the cork (tartrates) are harmless: they simply show a lightly treated wine that has been exposed to cold.

Brillance

C’est la capacité du vin à réfléchir la lumière. Elle est souvent le signe d’une vivacité apportée par l’acidité : plus le pH est bas, plus la couleur d’un rouge est vive et éclatante — et d’une vinification soignée.3

It is the wine’s capacity to reflect light. It is often a sign of liveliness brought to the wine by its acidity — the lower the pH, the brighter and more vivid a red wine’s colour — and of appropriate winemaking methods.3

Couleur

Avec un peu d’entraînement et de patience, les couleurs et nuances d’un vin renseignent sur sa maturité, les cépages possibles et même son origine (voir le nuancier ci-dessous). Les blancs vont du jaune pâle à reflets verts à l’or profond, voire à l’ambre ; les rosés du gris pâle et du saumon jusqu’au framboise, couleur souvent liée à une macération plus longue ; les rouges du pourpre violacé au rubis, au grenat puis au tuilé et à la brique. Regardez surtout le bord du disque : c’est là que se lit l’âge.

With a little training and some patience, the different colours and hues seen in a wine can tell its maturity, the possible grape varieties and even its origin (see the colour chart below). Common white wine colours range from pale greenish yellow to deep gold or even amber; rosés from pale grey-pink and salmon to raspberry, a deeper colour often being a sign of prolonged skin contact; reds from purple to ruby, garnet, then tawny and brick. Look above all at the rim of the wine: that is where age shows.

Intensité

Souvent oubliée, c’est pourtant l’une des analyses les plus importantes. Elle dépend directement des cépages (un pinot noir à peau fine est naturellement plus clair qu’une syrah), de l’origine, du rendement, du millésime, de la durée de macération et même du mode d’élevage.3

Often forgotten, it is however one of the most important analyses. It is directly affected by the grape varieties (a thin-skinned Pinot Noir is naturally paler than a Syrah), origin, yield, vintage, length of skin contact and even ageing methods.3

Viscosité & « larmes »

Faire tourner le vin dans le verre renseigne sur son « épaisseur ». Les « larmes » (ou « jambes ») qui coulent sur la paroi sont dues avant tout à l’alcool : l’éthanol, plus volatil que l’eau, s’évapore plus vite du film de vin collé à la paroi ; la tension superficielle de ce film augmente et tire le liquide vers le haut (effet Marangoni), jusqu’à ce que la gravité le fasse retomber en gouttes.7,8 Contrairement à une idée répandue, le glycérol et les sucres jouent peu sur les larmes ; ils se sentent davantage en bouche, sous forme de rondeur et de « gras ».9

Swirling the wine in the glass will indicate its “thickness”. The “legs” (or “tears”) running down the glass are first of all due to alcohol: ethanol, being more volatile than water, evaporates faster from the thin film of wine clinging to the glass; the surface tension of that film rises and pulls liquid upwards (the Marangoni effect) until gravity brings it back down as drops.7,8 Contrary to popular belief, glycerol and sugars play little part in the legs; they are felt rather on the palate, as roundness and richness.9

Effervescence

Dans un vin tranquille, la présence de CO₂ n’est pas forcément un défaut : un léger perlant dans un muscadet sur lie ou un chasselas de Savoie peut apporter de la fraîcheur. Si en revanche cette effervescence est forte, elle peut trahir une seconde fermentation en bouteille ou une altération (piqûre) : deux signes d’un vin défectueux. Dans le champagne et les vins effervescents, le dégustateur juge la finesse des bulles, leur vitesse et la persistance de l’effervescence. Un verre mal rincé (traces de détergent) ou trop parfaitement essuyé peut fausser le jugement : les bulles naissent surtout sur de minuscules fibres de cellulose (torchon, poussière) collées à la paroi.10

In a non-sparkling wine, the presence of CO₂ is not necessarily a fault: a light fizz in Muscadet sur lie or Chasselas from Savoie can add a certain freshness to the wine. If, however, this effervescence is strong, it may be a sign of a second fermentation in the bottle or of acetic spoilage: both signs of a faulty wine. In Champagne or sparkling wine, the taster will judge the finesse of the bubbles, their speed and the persistence of the effervescence. A poorly rinsed glass (detergent residue) or one wiped too perfectly can skew the judgement: bubbles are mostly born on tiny cellulose fibres (from the cloth or the air) stuck to the glass.10

Le nuancier

JeuneÉvolué
Jaune pâle, reflets vertsMuscadet sur lie, Chablis jeunes
Jaune citronSancerre, riesling d’Alsace jeune
Jaune pailleMeursault, Condrieu
OrSauternes jeune, bourgogne blanc de 10 ans
Vieil orVin jaune (Château-Chalon), Sauternes de 20 ans
AmbreRivesaltes ambré, très vieux Sauternes
Ocre, brunRivesaltes ambré hors d’âge (rancio) ; un blanc sec à ce stade est madérisé
Gris, très pâleCôtes de Toul (vin gris)
Pétale de roseCôtes de Provence
SaumonBandol, Coteaux d’Aix-en-Provence
CorailRosé de Loire, Côtes du Rhône
FramboiseTavel, Cabernet d’Anjou
Groseille, clairetBordeaux clairet
Pelure d’oignonTavel de quelques années, rosé évolué
Pourpre, violacéBeaujolais nouveau, Cahors jeune
RubisBourgogne rouge jeune, Chinon
CeriseMorgon, Saumur-Champigny
GrenatChâteauneuf-du-Pape, bordeaux de 8–10 ans
TuiléBourgogne de 15–20 ans, Rivesaltes tuilé
BriqueGrand bordeaux de 25–30 ans, vieil Hermitage
Acajou, ambréBanyuls grand cru, Maury hors d’âge

Nuancier indicatif, du plus jeune au plus évolué : la couleur fonce pour les blancs et s’éclaircit vers l’orangé pour les rouges. Les exemples sont des repères typiques : la teinte réelle dépend du millésime, du producteur et de l’âge du vin. Pour les rosés, le Centre du Rosé de Vidauban publie un nuancier de référence.6

Indicative chart, from youngest to most mature: white wines darken, red wines fade towards orange. The examples are typical landmarks: the actual hue depends on vintage, producer and the wine’s age. For rosés, the Centre du Rosé in Provence publishes a reference colour chart.6

Pour les professionnels
Le verre
Le verre normalisé ISO 3591 (dit « verre INAO ») a une coupe en forme d’œuf allongé, dont l’ouverture est plus étroite que la panse pour concentrer les arômes ; la norme, de 1977, a été confirmée en 2022. On le remplit au tiers environ pour pouvoir le faire tourner.4
The ISO 3591 standard glass (the “INAO glass”) has an elongated-egg bowl whose opening is narrower than its widest part, to concentrate the aromas; the 1977 standard was reconfirmed in 2022. Fill it to about a third so it can be swirled.4
Pigments
La couleur des rouges vient des anthocyanes de la pellicule. Au fil de l’élevage, elles se combinent aux tanins en pigments polymérisés plus stables, d’où le passage du pourpre (vin jeune, pH bas) au tuilé. Les blancs, eux, foncent par oxydation lente des composés phénoliques : un blanc doré jeune peut signaler un élevage en barrique, une vendange très mûre ou une oxydation prématurée.3
Red wine colour comes from the anthocyanins in the skins. During ageing they combine with tannins into more stable polymeric pigments, hence the shift from purple (young wine, low pH) to tawny. White wines darken through slow oxidation of their phenolic compounds: a young white that is already golden may indicate barrel ageing, very ripe fruit or premature oxidation.3
Physique des larmes
Décrites par James Thomson dès 1855, les larmes relèvent de l’effet Marangoni (gradient de tension superficielle créé par l’évaporation de l’éthanol). Un modèle de 2020 (UCLA) montre qu’elles naissent d’une « onde de choc sous-compressive » partant du ménisque. Leur abondance renseigne sur le degré d’alcool, mais dépend aussi de la température, de l’humidité de l’air et de la propreté du verre.7,8 Le glycérol (env. 5–10 g/L dans un vin sec, davantage dans les liquoreux botrytisés) n’augmente sensiblement la viscosité perçue qu’à des teneurs plus élevées.9,3
First described by James Thomson in 1855, tears are a Marangoni effect (a surface-tension gradient created by ethanol evaporation). A 2020 model (UCLA) shows they arise from a “reverse undercompressive shock” travelling up from the meniscus. Their abundance hints at the alcohol level, but also depends on temperature, air humidity and glass cleanliness.7,8 Glycerol (about 5–10 g/L in a dry wine, more in botrytised sweet wines) only noticeably raises perceived viscosity at higher concentrations.9,3
Les bulles
Les bulles ne naissent pas sur les irrégularités du verre, trop petites, mais dans des fibres de cellulose creuses déposées sur la paroi. La taille des bulles dépend surtout de la teneur en CO₂ dissous, de la température et du trajet qu’elles parcourent (elles grossissent en montant). Une bulle fine est souvent associée à la qualité, mais elle dépend aussi de l’âge du vin et du verre.10
Bubbles are not born on irregularities in the glass, which are too small, but inside hollow cellulose fibres left on its wall. Bubble size depends mostly on dissolved CO₂, temperature and the distance travelled (they grow as they rise). Fine bubbles are often linked with quality, but they also depend on the wine’s age and the glass.10

02 · L’odorat

L’odorat : il y a pibale sous caillou

Comment ça, « le second nez » ?

De nos cinq sens, l’odorat est sans doute le plus méconnu. On a longtemps répété que le nez humain distingue « environ 10 000 odeurs » ; ce chiffre n’a jamais reposé sur une mesure. Une étude de 2014 a avancé plus de mille milliards de mélanges discernables, estimation elle-même contestée : la seule certitude est que nous en distinguons un nombre immense.12,13 Les « capteurs » se trouvent en haut des fosses nasales, dans l’épithélium olfactif : plusieurs millions de neurones olfactifs y portent des cils garnis de récepteurs sensibles aux molécules odorantes — environ 400 types de récepteurs différents.11 Stimulés, ils envoient un influx au bulbe olfactif, situé juste au-dessus des fosses nasales, qui transmet le signal au cerveau — directement aux zones de l’émotion et de la mémoire, d’où le pouvoir d’évocation des odeurs.

Of all five senses, the sense of smell is probably the least understood. It was long said that the human nose can detect “about 10,000 different odours”; that figure was never based on a measurement. A 2014 study put forward more than a trillion distinguishable mixtures, an estimate that is itself disputed: the only certainty is that we can tell apart an immense number.12,13 Its “sensors” are located on the upper part of the nasal cavities, in the olfactory epithelium: several million olfactory nerve cells there carry “cilia” covered with receptors sensitive to odour molecules — about 400 different receptor types.11 When stimulated, they send an impulse to the olfactory bulb, located just above the nasal cavities, which in turn sends a signal to the brain — straight to the areas of emotion and memory, hence the evocative power of smells.

1

Premier nez

Verre immobile, sans l’agiter. On perçoit les molécules les plus volatiles, souvent les plus délicates. Un défaut (bouchon, réduction) se repère souvent ici.

Glass still, not swirled. You pick up the most volatile, often most delicate molecules. A fault (cork taint, reduction) is often spotted here.

2

Second nez

Après avoir fait tourner le vin : l’aération et l’agrandissement de la surface libèrent les arômes moins volatils, plus profonds et plus complexes.

After swirling: aeration and a larger surface release the less volatile, deeper and more complex aromas.

3

Rétro-olfaction

Le vin en bouche se réchauffe ; ses arômes remontent par l’arrière-gorge jusqu’au nez. C’est ce qu’on appelle couramment le « goût » d’un vin : il est en réalité surtout olfactif.14

Once in the mouth the wine warms up; its aromas rise through the back of the throat to the nose. This is what we usually call a wine’s “taste”: it is in fact mostly smell.14

① Deux à trois centimètres au-dessus du verre

C’est là que les arômes les plus discrets et délicats sont les plus perceptibles, moins écrasés par les arômes plus intenses.

This is where the most discreet and delicate aromas will be the most perceptible, and less overpowered by more intense ones.

Fleurs blanches, pétales de rose, notes légères d’agrumes…

White flowers, rose petals, light citrus notes…

② Le nez dans le verre

Plus profondément, le bord du verre touchant la base du nez, ressortent les arômes plus intenses et plus puissants.

Deeper in the glass, the rim touching the base of the nose, the more intense, full-bodied aromas come out.

Goudron, chocolat, cuir, réglisse, fruits noirs, fruits confits…

Tar, chocolate, leather, liquorice, black fruit, candied fruit…

Le verre INAO (norme ISO 3591) Le verre de référence des dégustateurs : coupe en œuf allongé, ouverture plus étroite que la panse pour concentrer les arômes. Remplissez-le jusqu’au plus large de la coupe (environ 50 à 60 mL) pour pouvoir le faire tourner. The tasters’ reference glass: an elongated-egg bowl whose opening is narrower than its widest part, to concentrate the aromas. Fill it to the widest point of the bowl (about 50–60 mL) so it can be swirled. Dessin / drawing : Olivier Lemoine, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Les trois familles d’arômes

En matière de vin, on répartit les arômes en trois catégories distinctes :1

When it comes to wine, we divide the aromas into three distinct categories:1

Arômes primaires ou variétaux

Ils proviennent directement du raisin, du cépage lui-même, même si le terroir, le millésime, le climat et la vinification les influencent directement. Ex. : fleurs blanches, agrumes, fruits rouges et noirs, poivre (syrah), poivron vert (cabernet), litchi et rose (gewurztraminer).

They come directly from the grape variety itself, although many factors such as terroir, vintage, climate and winemaking techniques have a direct influence. E.g.: white flowers, citrus, red and black fruit, pepper (Syrah), green pepper (Cabernet), lychee and rose (Gewurztraminer).

Arômes secondaires ou fermentaires

Ils sont révélés par les fermentations, alcoolique ou malolactique. Arômes secondaires typiques : beurre frais (malolactique), lait, brioche et pain grillé (levures), banane (fermentation, surtout la macération carbonique du beaujolais nouveau).

They are revealed by fermentation, whether alcoholic or malolactic. Typical secondary aromas are fresh butter (malolactic), milk, brioche and toast (yeast), banana (fermentation, especially the carbonic maceration of Beaujolais Nouveau).

Arômes tertiaires ou d’évolution (le « bouquet »)

Ils proviennent de l’évolution, du vieillissement du vin : élevage en fût (vanille, toasté), puis lente évolution en bouteille (sous-bois, champignon, cuir, truffe, fruits secs, miel). Ce sont souvent les plus complexes, et ceux que l’aération révèle le mieux.

They come from the “evolution”, the ageing of the wine: barrel ageing (vanilla, toast), then slow evolution in bottle (forest floor, mushroom, leather, truffle, dried fruit, honey). They are often the most complex, and the ones best revealed by swirling.

!

Pour faire tourner le verre, un mouvement circulaire doux et continu libère le mieux les arômes. Un geste trop brusque ou trop rapide « bouscule » le vin et ne fait que le projeter hors du verre.

When swirling the glass, a soft, continuous circular motion is best to release all the aromas. A hard or too-fast motion “shakes” the wine and only splashes it out of the glass.

Pour les professionnels
Récepteurs
Environ 400 gènes de récepteurs olfactifs fonctionnels chez l’homme (Buck & Axel, Nobel 2004). Chaque molécule active une combinaison de récepteurs : c’est ce « code combinatoire » qui explique la diversité des odeurs perçues.11
About 400 functional olfactory receptor genes in humans (Buck & Axel, Nobel 2004). Each molecule activates a combination of receptors: this “combinatorial code” explains the variety of perceived smells.11
Molécules clés
Quelques marqueurs actifs à l’état de traces (ng/L, milliardièmes de gramme par litre) : rotundone (poivre de la syrah)16 ; méthoxypyrazines (poivron vert, cabernet et sauvignon) ; thiols (pamplemousse, buis, fruit de la passion du sauvignon) ; linalol (muscat) ; acétate d’isoamyle (banane) ; diacétyle (beurre, malolactique) ; TDN (« pétrole » du riesling évolué) ; sotolon (noix, curry du vin jaune) ; TCA (le « goût de bouchon », perceptible dès quelques ng/L).3,2
A few markers active at trace levels (ng/L, billionths of a gram per litre): rotundone (Syrah’s pepper)16; methoxypyrazines (green pepper, Cabernet and Sauvignon); thiols (grapefruit, boxwood, passion fruit in Sauvignon); linalool (Muscat); isoamyl acetate (banana); diacetyl (butter, malolactic); TDN (the “petrol” of aged Riesling); sotolon (walnut, curry in Vin Jaune); TCA (“corked” taint, detectable from a few ng/L).3,2
Deux classifications
La tradition française (Peynaud) range les arômes de fermentation parmi les secondaires. Le WSET classe la fermentation alcoolique avec les primaires et réserve les secondaires aux opérations post-fermentaires (malolactique, lies, bois). Les deux coexistent : précisez celle que vous utilisez.1,5
The French tradition (Peynaud) counts fermentation aromas as secondary. WSET puts alcoholic fermentation with the primary aromas and keeps secondary for post-fermentation winemaking (malolactic, lees, oak). Both are in use: say which one you follow.1,5
Vocabulaire
La « roue des arômes » d’Ann C. Noble (UC Davis, 1987) organise les descripteurs en familles (fruité, floral, épicé, végétal, boisé, chimique…) du général au précis : un excellent outil d’entraînement.15
Ann C. Noble’s Wine Aroma Wheel (UC Davis, 1987) organises descriptors into families (fruity, floral, spicy, vegetative, woody, chemical…) from general to specific: an excellent training tool.15

03 · Le goût

Le goût : à mon goût

Puis-je me fier à mon palais ?

La langue est un hydrostat musculaire composé de huit muscles (quatre intrinsèques, quatre extrinsèques), constamment humidifié par la salive sécrétée par les glandes salivaires.17 Outre ses fonctions phonétique et de nettoyage, c’est le principal organe du goût chez l’homme. Elle porte plusieurs milliers de bourgeons du goût — de l’ordre de 2 000 à 8 000, le nombre variant fortement d’une personne à l’autre — logés dans les papilles et reliés à un réseau complexe de nerfs ; on en trouve aussi sur le palais mou et dans la gorge.18,17

The tongue is a muscular hydrostat composed of eight muscles (four intrinsic, four extrinsic) and constantly moistened by saliva secreted by the salivary glands.17 Other than its phonetic and cleaning functions, the tongue is the main gustatory organ in humans. It carries several thousand taste buds — roughly 2,000 to 8,000, the number varying widely from one person to another — set in the papillae and each connected to an intricate web of nerves; there are also taste buds on the soft palate and in the throat.18,17

1234POINTEARRIÈRE

L’organe principal du goût : la langue

  1. 1
    Papilles caliciformes

    8 à 12, alignées en V au fond de la langue. Elles portent de nombreux bourgeons du goût ; des glandes (de von Ebner) les rincent en permanence.

    8 to 12, lined up in a V at the back of the tongue. They carry many taste buds; glands (von Ebner’s) rinse them constantly.

  2. 2
    Papilles foliées

    Replis sur les bords arrière de la langue, riches en bourgeons du goût — absentes de beaucoup de schémas.

    Folds along the rear edges of the tongue, rich in taste buds — missing from many diagrams.

  3. 3
    Papilles fongiformes

    En forme de champignon, surtout sur la pointe et les bords. Elles portent quelques bourgeons chacune et sont les principaux capteurs de l’avant de la langue.

    Mushroom-shaped, mainly on the tip and edges. Each carries a few taste buds; they are the main sensors at the front of the tongue.

  4. 4
    Papilles filiformes

    Les plus nombreuses, sur toute la surface. Sans bourgeons du goût : elles assurent la fonction « mécanique » (toucher, texture, nettoyage).

    The most numerous, over the whole surface. No taste buds: they handle the “mechanical” side (touch, texture, cleaning).

La « carte de la langue » est un mythe

Contrairement à une idée reçue, tous les bourgeons du goût peuvent détecter les différentes saveurs ; certaines zones sont seulement un peu plus sensibles que d’autres. Le célèbre schéma (sucré sur la pointe, amer au fond…) vient d’une mauvaise lecture, en 1942, d’une thèse allemande de 1901.22,19

Contrary to popular belief, all taste buds can detect the various tastes; some areas are merely slightly more sensitive than others. The famous diagram (sweet on the tip, bitter at the back…) comes from a 1942 misreading of a German thesis from 1901.22,19

Les cinq saveurs élémentaires

Sucré

Miel, fruits mûrs, sucres divers… Sensation agréable déclenchée par les sucres. Dans le vin : sucres résiduels, mais aussi l’alcool et le glycérol, qui donnent une impression de douceur même à un vin sec.

Honey, ripe fruit, various sugars… A pleasurable sensation triggered by sugars. In wine: residual sugar, but also alcohol and glycerol, which give an impression of sweetness even to a dry wine.

Acide

Citron, orange, pamplemousse, raisin vert… Détecte la présence d’acides dilués (ions H⁺). Dans le vin : acides tartrique, malique, citrique, lactique, succinique ; l’acidité donne la fraîcheur et la tension.

Lemon, orange, grapefruit, green grape… Detects the presence of diluted acids (H⁺ ions). In wine: tartaric, malic, citric, lactic and succinic acids; acidity brings freshness and tension.

Amer

Maté, marmelade, bière, olive, endive… Souvent perçue comme désagréable, voire repoussante, c’est un signal d’alerte contre les substances toxiques. Dans le vin : certains composés phénoliques (tanins jeunes, pépins), l’alcool à haute dose.

Mate, marmalade, beer, olive, chicory… Often perceived as distasteful, sharp or even repulsive, it is a warning taste against toxic substances. In wine: some phenolic compounds (young tannins, seeds), alcohol at high levels.

Salé

Sel de table et tout ce qui apporte des ions sodium ; d’autres ions (potassium, lithium…) peuvent aussi paraître salés. Dans le vin : discret, dû aux sels minéraux ; il participe à la sensation dite « saline » de certains blancs côtiers.

Table salt and anything that carries sodium ions; other ions (potassium, lithium…) can be perceived as salty too. In wine: discreet, due to mineral salts; it contributes to the so-called “saline” feel of some coastal whites.

Umami

Sauce soja, parmesan, bouillon, tomate mûre… Saveur « savoureuse » identifiée par Kikunae Ikeda en 1908 ; elle détecte le glutamate et certains ribonucléotides.21 Dans le vin : faible ; elle peut apparaître dans les vins longuement élevés sur lies.

Soy sauce, Parmesan, broth, ripe tomato… An appetising, savoury taste identified by Kikunae Ikeda in 1908; it detects glutamate and certain ribonucleotides.21 In wine: faint; it may appear in wines aged at length on their lees.

Ce ne sont pas des saveurs, mais on les sent : le toucher en bouche

Astringence

Ce n’est pas une saveur mais un toucher : les tanins se lient aux protéines de la salive, qui ne lubrifie plus ; la bouche paraît sèche, râpeuse.24

Not a taste but a touch: tannins bind to saliva proteins, which stop lubricating; the mouth feels dry and rough.24

Chaleur

L’alcool active le récepteur de la douleur et de la chaleur (TRPV1) : au-delà d’un certain degré, le vin « brûle ».25

Alcohol activates the pain-and-heat receptor (TRPV1): beyond a certain level, the wine “burns”.25

Picotement

Le CO₂ est perçu à la fois par le toucher et par les cellules de l’acide, grâce à une enzyme (anhydrase carbonique 4).23

CO₂ is sensed both by touch and by the sour-sensing cells, thanks to an enzyme (carbonic anhydrase 4).23

Corps & texture

Fluide, soyeux, ample, gras : l’impression de volume vient de l’alcool, des sucres, du glycérol et des tanins.9,1

Fluid, silky, broad, rich: the sense of volume comes from alcohol, sugars, glycerol and tannins.9,1

Pour les professionnels
Récepteurs
Sucré : T1R2 + T1R3 ; umami : T1R1 + T1R3 ; amer : environ vingt-cinq récepteurs TAS2R ; acide : canal à protons OTOP1 (identifié en 2018) ; salé : en partie le canal ENaC.19,20
Sweet: T1R2 + T1R3; umami: T1R1 + T1R3; bitter: some twenty-five TAS2R receptors; sour: the OTOP1 proton channel (identified in 2018); salty: partly the ENaC channel.19,20
Chronologie
Les saveurs n’apparaissent pas en même temps : le sucré domine l’attaque, l’acidité s’exprime en milieu de bouche, l’amertume et l’astringence se révèlent en finale et persistent. D’où les trois temps de l’analyse : attaque, milieu, finale (et sa longueur, en secondes ou « caudalies »).1
Tastes do not appear at the same time: sweetness dominates the attack, acidity shows mid-palate, bitterness and astringency come out on the finish and linger. Hence the three stages of the analysis: attack, mid-palate, finish (and its length, in seconds or “caudalies”).1
Température
Le froid atténue le sucré et les arômes mais durcit l’amertume et l’astringence ; la chaleur exalte l’alcool. D’où un rouge tannique servi plus tempéré qu’un blanc vif.2,1
Cold dampens sweetness and aromas but hardens bitterness and astringency; warmth exaggerates alcohol. Hence a tannic red served warmer than a crisp white.2,1
Inégaux devant le goût
La densité de papilles fongiformes varie beaucoup ; les « super-goûteurs » (forte sensibilité au PROP, un composé amer) perçoivent plus intensément l’amertume et l’astringence.26,18
The density of fungiform papillae varies a lot; “supertasters” (highly sensitive to PROP, a bitter compound) perceive bitterness and astringency more intensely.26,18

04 · L’équilibre

La vision d’ensemble : en quête du vin parfait

Les analyses visuelle, olfactive et gustative sont la base de l’étude d’un vin : ce sont les outils nécessaires pour bien en évaluer la qualité. Le réflexe naturel, quand on déguste ou simplement quand on boit un vin, est de chercher à en identifier les arômes et les saveurs. Pourtant, l’essence véritable du vin réside dans ses caractères fondamentaux, qui attestent de son équilibre.

The visual, olfactory and gustatory analyses are the basis of wine analysis and of any proper study of a wine: they are the tools required to make a good evaluation of its quality. Most people’s natural inclination when tasting or simply drinking wine is to try to identify the various aromas and flavours. However, the true essence of the wine resides in its fundamental character, which attests to the wine’s equilibrium.

Le schéma ci-dessous aide à analyser un vin pour en évaluer l’acidité, le moelleux et les tanins (ou l’amertume). Un vin harmonieux trouvera un équilibre parfait, ou presque, entre ces caractères fondamentaux. L’analyse organoleptique doit permettre au dégustateur de juger jusqu’à quel point le vigneron a atteint cet équilibre en élaborant son vin.1

The diagram below can help analyse a wine in order to assess its acidity, softness and tannin (or bitterness). A harmonious wine will find a perfect or near-perfect equilibrium between these basic characteristics. An organoleptic analysis should help the taster decide how much of that equilibrium the winemaker has achieved in making his or her wine.1

CharpentéAmerAustèreAstringentSévèreDurVifRêcheNerveuxAcideFraisMaigreTendreFaibleSoupleFadeOnctueuxLourdCharnuPâteuxGénéreuxMouPuissantGrossiermanque de taninsmanque d’aciditémanque de moelleux

Type de vin

Votre dégustation

5
5
5

Exemples indicatifs

Profils typiques d’un vin bien fait de l’appellation, pour l’exercice ; chaque cuvée est différente.

Pour les professionnels
La formule
Émile Peynaud résume l’équilibre d’un vin rouge par une balance : saveurs douces (sucres, alcool, glycérol) d’un côté, saveurs acides et amères (acides, tanins) de l’autre — plus il y a de tanins, moins un rouge supporte l’acidité. Un blanc sec, presque sans tanins, s’équilibre surtout entre acidité et moelleux ; un liquoreux a besoin de beaucoup d’acidité pour ne pas paraître lourd.1
Émile Peynaud sums up a red wine’s balance as a pair of scales: sweet-tasting components (sugars, alcohol, glycerol) on one side, acid and bitter ones (acids, tannins) on the other — the more tannin, the less acidity a red can carry. A dry white, almost tannin-free, balances mainly acidity against softness; a sweet wine needs plenty of acidity not to taste heavy.1
Lire le schéma
Chaque flèche pleine indique l’excès d’une composante ; chaque branche en pointillés, à l’opposé, son manque. Le disque rosé est la zone d’équilibre, où les mots décrivent des nuances ; au-delà, les mots en rouge décrivent des déséquilibres. Seules les proportions comptent : un vin peut être à la fois très concentré et parfaitement équilibré.
Each solid arrow shows an excess of one component; each dashed branch, opposite, shows its lack. The pink disc is the balance zone, where words describe nuances; beyond it, the red words describe imbalances. Only proportions matter: a wine can be very concentrated and perfectly balanced at the same time.
Au-delà du triangle
L’équilibre se juge aussi dans le temps (attaque, milieu, finale) et avec les arômes : intensité aromatique à la hauteur de la structure, et longueur en bouche. Les grilles professionnelles (WSET SAT, fiches de concours) notent séparément équilibre, intensité, complexité et longueur pour conclure sur la qualité et le potentiel de garde.5,2
Balance is also judged over time (attack, mid-palate, finish) and with the aromas: aromatic intensity matching the structure, and length. Professional grids (WSET SAT, competition sheets) score balance, intensity, complexity and length separately to conclude on quality and ageing potential.5,2